L’inspection sous-marine évolue rapidement sous l’effet des nouvelles technologies. Entre l’essor des drones sous-marins, l’amélioration des systèmes de vision et l’automatisation croissante des opérations, l’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un sujet central dans le secteur.
Qu’il s’agisse d’inspection de barrages, de coques de navires, d’ouvrages offshore ou d’infrastructures portuaires, les professionnels cherchent aujourd’hui à gagner du temps, améliorer la précision des analyses et réduire les coûts d’intervention. Dans ce contexte, l’IA apparaît comme une solution prometteuse. Mais son utilisation soulève également des questions majeures, notamment autour de la fiabilité des images et de la confiance accordée aux données.
Pourquoi l’IA intéresse le monde de l’inspection sous-marine ?
L’environnement sous-marin reste particulièrement complexe pour les opérateurs. Faible visibilité, turbidité, faible luminosité, particules en suspension ou encore contraintes de profondeur rendent les inspections difficiles à réaliser et à interpréter, tout en demandant des mesures ultra précises.
L’IA peut intervenir à plusieurs niveaux pour aider les équipes terrain et les analystes.
1. L’aide à la navigation autonome
L’intelligence artificielle joue enfin un rôle croissant dans le développement des AUV et ROV autonomes. Grâce à différents systèmes d’analyse en temps réel, certains véhicules peuvent maintenir automatiquement leur trajectoire, éviter des obstacles, suivre des structures ou optimiser leurs parcours d’inspection.
À terme, ces technologies pourraient permettre de réduire la charge cognitive des pilotes, sécuriser certaines opérations complexes et accélérer les missions répétitives, notamment lors d’inspections longues ou réalisées dans des environnements difficiles.
2. L’amélioration visuelle des images
L’amélioration d’image est probablement l’application de l’IA la plus visible aujourd’hui dans le domaine sous-marin. Certains algorithmes sont capables de réduire le bruit numérique, renforcer artificiellement les contrastes, améliorer la netteté ou encore recolorer certaines zones afin de rendre les scènes plus lisibles.
Dans des environnements particulièrement turbides, ces traitements peuvent produire des résultats impressionnants à première vue. Certaines technologies vont même jusqu’à “reconstruire” des détails supposés invisibles afin de générer une image visuellement plus claire. Cette approche suscite cependant de nombreuses interrogations dans le secteur de l’inspection, où la fidélité de l’information visuelle
3. L’automatisation de l’analyse vidéo
L’IA est également utilisée pour tenter d’optimiser l’analyse des données vidéo collectées pendant les missions sous-marines. Certaines solutions sont capables de trier automatiquement les séquences pertinentes, stabiliser les images, suivre une structure ou un objet au cours d’une inspection, ou encore générer des rapports préliminaires basés sur les anomalies détectées.
Dans un secteur où les volumes de données visuelles deviennent de plus en plus importants, ces outils représentent un moyen potentiel de réduire le temps de post-traitement après mission et d’améliorer l’exploitation des inspections réalisées sur le terrain.
4. L’assistance à la détection de défauts
L’une des premières applications de l’IA dans l’inspection sous-marine concerne l’aide à la détection d’anomalies. Les algorithmes peuvent aujourd’hui être entraînés à reconnaître automatiquement certains défauts récurrents tels que des fissures, de la corrosion, des défauts de soudure, du biofouling, des impacts, des déformations ou encore des pertes de matière.
L’objectif n’est pas nécessairement de remplacer l’expertise humaine, mais plutôt d’assister les opérateurs dans l’analyse de longues heures de vidéo d’inspection. En attirant automatiquement l’attention sur des zones potentiellement critiques, ces outils peuvent permettre de gagner du temps et de faciliter le travail d’interprétation.
Les avantages potentiels de l’IA
L’intégration de l’intelligence artificielle présente plusieurs bénéfices pour les acteurs du secteur.
Tout d’abord, l’IA peut faire gagner beaucoup de temps aux inspections, notamment après celles-ci. L’analyse automatisée de grandes quantités de données vidéo peut considérablement accélérer les inspections et les phases de reporting.
En effet, les missions sous-marines génèrent énormément de contenu visuel. Les outils intelligents permettent de structurer, rechercher et comparer plus efficacement ces données dans le temps.
A l’intérieur même de ces contenus, l’IA peut servir d’assistant pour attirer l’attention des opérateurs sur des zones suspectes qu’ils n’auraient pas immédiatement identifiées.
En optimisant les temps d’inspection et d’analyse, certaines entreprises espèrent réduire les coûts opérationnels et limiter le nombre d’interventions nécessaires.
Mais l’IA soulève aussi des limites majeures
Malgré ses promesses, l’utilisation de l’IA dans l’inspection sous-marine reste un sujet sensible. Le principal enjeu concerne la fiabilité des informations affichées à l’écran, notamment sur les retours visuels.
La création d’informations inexistantes
L’un des risques est de créer des informations inexistantes. Les algorithmes d’amélioration d’image basés sur l’IA ne se contentent pas toujours de révéler une information présente. Dans certains cas, ils peuvent aussi, interpréter, extrapoler, reconstruire voire inventer visuellement certains détails.
Or, dans le domaine de l’inspection industrielle, une image n’est pas seulement un support visuel : c’est une donnée technique servant à prendre des décisions critiques.
Une mauvaise interprétation peut entraîner des conséquences importantes au niveau de la sécurité, la maintenance, les coûts mais aussi, plus grave, la conformité réglementaire.
Une difficulté à vérifier les traitements
Les traitements IA fonctionnent souvent comme des “boîtes noires”. Il peut être difficile pour ces opérateurs de comprendre précisément ce qui a été modifié, ce qui est réel et ce qui a été reconstruit par l’algorithme.
Pour de nombreux opérateurs expérimentés, cette opacité pose un véritable problème de confiance.
Une réticence forte des équipes terrain
Dans le monde de l’inspection sous-marine, les opérateurs accordent une importance essentielle à l’authenticité des images.
Beaucoup préfèrent travailler avec une image brute mais fiable plutôt qu’avec une image artificiellement améliorée dont certains détails pourraient être inexacts.
Cette prudence s’explique facilement : les inspections servent souvent à valider l’état réel d’une infrastructure critique. La priorité reste donc la crédibilité de l’information visuelle, notamment pour les sociétés d’inspection. En effet, la fiabilité de leurs conclusions est le cœur de métier, et une approximation n’est évidemment pas envisageable dans leurs livrables.
L’importance croissante de la confiance dans les systèmes de vision
À mesure que les technologies progressent, une question devient centrale : jusqu’où peut-on améliorer une image sans altérer sa valeur technique ?
Dans certains secteurs grand public, une image plus “belle” suffit. Mais dans l’inspection industrielle, l’objectif n’est pas esthétique. L’enjeu est d’obtenir l’information la plus fidèle possible à la réalité observée sous l’eau.
C’est pourquoi le débat autour de l’IA dans le traitement d’image sous-marin ne fait que commencer.
Chez Orphie : privilégier la fiabilité de l’image
Chez Orphie, nous avons fait le choix de ne pas utiliser d’intelligence artificielle dans notre traitement d’image. Notre approche repose sur un principe simple : fournir aux opérateurs l’image la plus fiable et la plus fidèle possible.
Plutôt que de reconstruire artificiellement des détails ou de générer des informations visuelles interprétées par un algorithme, notre technologie travaille directement sur l’amélioration physique et scientifique de la visibilité sous-marine.
L’objectif est de permettre aux équipes terrain de prendre leurs décisions à partir d’une image fidèle à la réalité observée, sans modification IA susceptible d’altérer l’interprétation technique. Le tout en proposant la meilleure image en eaux turbides du marché.
Dans un domaine où chaque détail peut avoir un impact opérationnel majeur, la confiance dans l’image reste essentielle. Évidemment, l’intelligence artificielle peut être utilisée pour identifier rapidement certains éléments (fissures, éléments à différencier, etc.). Mais pour que cette interprétation soit correcte, l’image originale doit être scrupuleusement fidèle. Sans quoi, des erreurs aux conséquences multiples (opérationnelles, financières…) peuvent apparaître et mettre en péril la prise de décision.
